TRAVAILLER POUR GAGNER SA VIE ET NON POUR LA PERDRE

INAUGURATION DE LA STELE A LA MEMOIRE DES VICTIMES
dimanche 18 septembre 2016
par  BUHNOE
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Le 30 avril 2016 a eu lieu à CHERBOURG EN COTENTIN l’inauguration d’une stèle en mémoire des victimes du travail.

Intervention du Président de l’ADEVA.

Nous sommes aujourd’hui réunis pour rendre hommage à celles et ceux qui ont payé de leur vie, les années qu’ils ont passées à la gagner. En regardant cette stèle, imaginée et réalisée par Mme Larivière, je pense à toutes ces vies brisées par l’amiante, à toutes ces familles bouleversées que nous avons accueillies et soutenues dans nos permanences. Je pense aux effroyables dégâts humains et environnementaux qui auraient pu être évités si le profit de quelques-uns ne l’avait pas emporté sur la santé de tous.

Chaque jour, en France, plus de 10 personnes meurent de l’amiante. Combien d’autres d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ? Plus de deux millions de salariés, aujourd’hui encore, sont exposés à des cancérogènes sur leur lieu de travail.

Notre combat dure depuis 20 ans. C’est le 23 Novembre 1996 que les 326 signataires du comité de défense de salariés exposés à l’amiante de la Direction des Constructions Navales de Cherbourg ont créé l’ADEVA Cherbourg. Une association ouverte à tous, sans distinction d’appartenance syndicale ou politique. C’est le 14 mai 1998, avec la 1ère victoire au TASS de St LÔ que nous avons marqué le début d’un nouveau temps sur la forclusion et la responsabilité des employeurs. Une première victoire que nous devons à la ténacité des victimes et de notre cabinet d’avocats. Plus particulièrement à Sylvie Topaloff qui le représente aujourd’hui, et nous n’oublions pas ce que le cabinet Teissonnière a fait pour la cause des victimes.

Nous nous battons depuis 20 ans pour une indemnisation juste de tous les préjudices des victimes et de leurs proches : les souffrances physiques et morales, l’accompagnement, le deuil, les pertes financières… Aujourd’hui, nous nous heurtons à ceux qui veulent tirer les indemnisations vers le bas. Nous nous battons depuis 20 ans pour un procès pénal de l’amiante afin que tous les responsables soient jugés. 20 années ont passé depuis le dépôt des premières plaintes, et il n’y a toujours ni responsable ni coupable d’une catastrophe qui fera près de 100 000 morts.

Nous ne pouvons pas l’accepter. Quelles que soient les difficultés et les obstacles nous continuerons ce combat. Nous le devons à la mémoire de toutes celles et ceux qui nous ont quittés. Nous le devons aux générations futures qui ne doivent plus jamais revivre de telles tragédies.

Pour elles, nous devons faire de la prévention une priorité, car les expositions d’aujourd’hui préparent les victimes de demain. L’amiante est interdit depuis 1997, mais il est encore présent partout, disséminé dans notre environnement, dans nos usines, nos écoles, nos hôpitaux, nos bâtiments agricoles, nos logements…

La santé et la vie des salariés doivent être protégées. Nous savons qu’elles sont menacées par le développement de la précarité et de la sous-traitance, par la déréglementation et le saccage du Code du travail. Nous n’acceptons pas de voir (s’éroder, s’affaiblir) une à une toutes les digues qui protègent les plus faibles et les plus vulnérables : les comités hygiène et sécurité, les prud’hommes, l’inspection du travail, la médecine du travail…

Il est de notre devoir de veiller au respect de la sécurité sur les chantiers, de travailler à l’élimination des déchets amiantés, à la sécurisation des friches industrielles laissées à l’abandon. Tout cela est important, car je le redis, ce sont les contaminations d’aujourd’hui qui préparent les cancers de demain.

Il n’y a pas de prévention sans sanction. Les pollueurs doivent être les payeurs. Les déresponsabiliser, c’est tourner le dos à la prévention. C’est malheureusement ce qu’a fait la Cour de cassation dans l’arrêt scandaleux qu’elle a rendu le 9 novembre 2015. Une décision qui a permis aux CMN de se faire rembourser par l’État les 350 000€ euros qu’ils avaient dû verser après avoir été condamnés pour faute inexcusable. Si un tel arrêt fait école, c’est tout le système de réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles qui risque de s’en trouver bouleversé. L’indemnisation n’est pas une affaire d’argent mais de droit, de reconnaissance et de justice.

Aucun d’entre nous n’a respiré des fibres d’amiante par goût ou par plaisir. Tous ceux qui ont été exposés à ce poison ont des droits et nous entendons les faire respecter : le droit de bénéficier d’un suivi médical de qualité en fait partie. Ce droit est inscrit dans les textes. Mais la route est encore longue pour qu’il devienne réel et efficace. Au ministère de la Défense, on détricote même, petit à petit, un suivi médical post-consolidation qui jusqu’alors, fonctionnait bien. Une manœuvre que nous entendons bien ne pas laisser faire.

Nous défendons le droit à la Santé, le droit à la Vie.

20 ans après l’interdiction, le nombre de mésothéliome ne diminue pas. Il continue à augmenter. Cette terrible maladie fauche parfois des personnes encore très jeunes.

Nous n’acceptons pas que l’industrie pharmaceutique impose des prix exorbitants pour des médicaments anticancéreux. Des traitements de la dernière génération qui allongent la survie et en améliorent la qualité. Une seule injection d’ALIMTA c’est 2000 euros, une seule injection d’AVASTIN c’est 2700 euros. Certains traitements atteignent 100 000 euros par an. Soit plus du revenu annuel de trois familles. Ces prix de vente n’ont plus aucun rapport avec les coûts de production réels. De telles pratiques risquent de remettre en question l’accès aux traitements innovants pour tous. Il est temps de rappeler que le médicament n’est pas une marchandise parmi d’autres et que l’hôpital n’est pas un centre de profit. C’est la santé des patients qu’il faut défendre, pas celle des actionnaires.

Réunis devant cette stèle, en hommage à tant d’être chers disparus trop tôt, nous voulons leur dire que nous ne les oublierons pas. Nous n’oublierons jamais leurs souffrances ni l’injustice dont ils ont été victimes. Penser à eux nous donnera la force d’aller de l’avant, la force de lutter pour un monde sans amiante, pour un monde où l’on puisse travailler sans risquer de perdre la vie, pour un monde dans lequel on puisse vivre heureux, en paix et en bonne santé, tout en assurant le bien-être de sa famille.

Tous devant cette stèle, nous aurons également une pensée particulière pour toutes les victimes de « La Fidèle » dont on commémore aujourd’hui même, le 19éme anniversaire du dramatique accident.

Près de la mer et des ateliers de constructions et de réparations navales de la marine, le bassin Cherbourgeois a désormais un endroit dédié au souvenir et au recueillement. Puisse ce monument nous rappeler sans cesse que la vie n’a pas de prix et que tout doit être mis en œuvre pour la sauvegarder.

Pour qu’enfin, « on ne perde plus sa vie à la gagner ».

Avant le dépôt d’une gerbe par Monique, Evelyne et Jacqueline veuves de l’amiante et la minute de silence, l’artiste Christine LARIVIERE a fait part de son émotion lors de la création de son œuvre et en a proposé une "lecture".

.............

"Ils étaient soudeurs, chaudronniers, tuyauteurs, ils étaient ouvriers, techniciens et bien d’autres, avec en l’espèce comme seule et illusoire protection contre l’amiante, leurs casques verts, rouges, blancs, jaunes ou bleus. Des casques multicolores que j’ai voulu déposer dans ce cercueil comme incarnation de ces hommes et femmes, comme symbole de leur diversité au travail et qui pour moi évoquent la mort sans morbidité, montrent sans brutaliser.

J’ai choisi un cercueil en verre sans fond visible pour illustrer le très grand nombre des victimes sachant que cette tragédie frappe encore aujourd’hui.

La forme sphérique en béton qui soutient le cercueil porte le noir du deuil. Le cercle, c’est l’espace clos, c’est l’infini comme un soleil inversé, un immense trou noir dans lequel ces maladies ont plongé les travailleurs de l’amiante.

C’est le visible dans l’invisible."


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